samedi 25 octobre 2008

La Marseillaise fait la fierté de ses siffleurs

Ces siffleurs des stades, tout le monde les a trouvés, tout le monde les a mis dans un même sac : la crise identitaire et les quartiers sensibles. Or, à ce jour personne n’a voulu clairement identifier la source de ce mal de vivre chronique de ces jeunes immigrés, cette "racaille" qu’il faut évaluer et circonscrire. Pourquoi sifflent t-ils ? Ne sont-ils pas fiers d’être Français ? Ou alors sont- ils fiers seulement d’être fils d’immigrés ? Le comble de l’irrespect des valeurs républicaines serait alors pour eux de trouver une nouvelle occasion de siffler la Marseillaise ! À Paris !

De chez nous, de la Tunisie, nous avons toujours considéré la France comme une "mère patrie", celle qui nous a soutenu dès la naissance (je fais référence à Pierre Mendes France ici). Au cours de la "libération" nous n’avons pas connu une grande résistance. C’était une époque très secrète, nos bataillons s’étaient formés pour évacuer la France de nos terres, ils s’étaient vêtus de cols blancs pour se substituer aux fellagas du maquis... Notre jour de gloire arriva et notre étendard fut levé. Il était déjà dessiné par un ancien Bey, bien avant la colonisation. Il est déjà rouge. Symbole du sang des anciens combattants tombés au cours de vieilles guerres Ottomane. Il porte toujours un croissant pour exprimer que notre terre appartient à un monde s’étalant du Maghreb au Machrek, d’identité arabe, et, blanc pour dire à tous ceux qui peuvent l’apercevoir que nous sommes en paix avec tous les autres peuples de la planète et enfin il porte une étoile à cinq branches pour représenter les cinq percepts de l’islam (en passant, islam veut dire paix en arabe). Ce jour de gloire, le 20 Mars, notre étendard fut joyeusement levé et chaleureusement applaudit. S’en est suivi des fêtes sur tout le territoire. Je n’étais pas encore né.

En 50 ans d’indépendance, nous avons connu 2 hymnes nationaux. Le premier, je l’ai oublié. Le second est le texte d’un poète. Nous l’avons adopté et nous le chantons toujours à chaque fois que nous nous rassemblons. Il figure dans notre constitution, nous l’aimons et peut être, le cas échéant, nous pouvons proposer sa substitution, sans aucun tabou, s’il s’avèrerait nécessaire. Il n’a pas une teneur hypocrite, ses paroles prônent la bravoure, riches en sincérité, sans arrogance. Il ne sème pas la discorde entre les citoyens, ni ne reflète la discrimination. C’est un texte qui a été écrit entre les deux grandes guerres, sans relation avec notre jour de gloire : un 20 Mars.

Dois je vous donner maintenant mon profond sentiment sur cette question : "Pourquoi re-siffle t-on la Marseillaise ?" Peut-être le prendriez-vous mal ? Allez, osons.

Les paroles de la Marseillaise ont été écrites il y a très longtemps. Elles ne jouent plus leur rôle tant La France a été brassée et métissée qu’elles n’en n’avaient à l’époque par ses auteurs. Allez poser cette question aujourd’hui à Zidane s’il se sentait concerné par les paroles de la Marseillaise ?, je suis sur qu’il vous répondra comme tous les colocataires, Français, de la Castellane à Marseille : "Bof". Là bas, c’est des graffitis "Vive l’Algérie" qui sont déposés sur les murs, au vu et au su de tout le monde, même de la police et même pour faire diversion, on écrit de temps à autres en arabe... Non, ce n’est pas un bout de la France qui s’en va, c’est simplement une crise identitaire profonde. Ces fils d’immigrés ne peuvent plus s’y identifier, ni a y connaitre leur appartenance, ni même a y trouver leurs repères... Ce n’est pas facile avec les temps qui courent d’être un basané. Ces jeunes sont en totale incohérence avec ces paroles de la Marseillaise qui leur parle d’un "sang impur", et prête à la confusion du moment que ces jeunes "idiots" siffleurs se sentent rejetés des discothèques, des bistrots, des lycées, du boulot... sans aucun état d’âme ni de sympathie. A qui la faute ? À un échec de la politique de l’intégration ? C’est sur, pire encore, c’est une désintégration, tout simplement, qui obéirait à cette bijection irrationnelle : "Je suis une racaille mal intégrée donc je refuse de faire "patrie" avec vous et étant Français autant que vous, je sifflerais tant vous n’aurez pas trouvé la solution à mon intégration".
Doit-on alors amender la constitution pour une poignée de "racailles" ? Peut être faut-il y penser un jour. Le plus important étant d’en mesurer les conséquences... Toujours est-il qu’il est très important de faire connaitre à ces jeunes la jouissance de la substance d’un hymne national et de ne plus les accuser d’être seulement des enfants d’immigrés mais des citoyens fiers d’être Français.


Nedhir AZOUZ