mardi 5 avril 2011

La "dégageomania" atteint la Banque Franco-Tunisienne

La BFT trois initiales pour désigner la Banque Franco-Tunisienne, cette filiale de la STB qui a traversé des périodes critiques durant des années consécutives et notamment des résultats déficitaires et des processus de privatisation maintes fois reportés, aujourd'hui le 5 Avril 2011, elle a connu du remue ménage au sein de sa direction. A l'entrée de son siège social sur une pancarte scotchée au battant de la porte principale, on pouvait lire "Mounir Klibi Dégage" désignant d'entrée le principal coupable. A l'intérieur, dans le hall, face aux ascenseurs, un sit-in des agents. Je les approche et rapidement on m'annonce que le personnel est en grève. Je me présente à eux et aussitôt ils m'appréhendent en me donnant un document et me disant :"Ce sont nos revendications". Sans avoir le temps de lire une seule ligne et dans une cacophonie générale, mes oreilles reçoivent une rafale étourdissante des sons de leurs protestations ... Je leur dis : "Mais, je ne peux pas lire et entendre en même temps..." C'est là que se présente à moi le délégué syndical et m'annonce fièrement que ce matin le PDG de la Banque Mounir Klibi a été "libéré de ses fonctions" par l'ensemble du personnel. Les raisons? "Mauvaise gestion" me dit-on. Ooups!! J'accuse un temps mort et je me reprends, puis je lance une question au hasard, juste pour semer un trouble et sentir au mieux leurs revendications: "As-t-on le droit de virer son patron pour mauvaise gestion?". "Oui!" s'exclame un agent "...et nous allons procéder demain au vote par l'ensemble du personnel pour mettre en place une nouvelle direction..." répondit-il. Puis j'entends "Notre bilan 2010 est déficitaire" s'exclame une voix, puis une autre lance "Au lieu de garder sa clientèle, notre PDG a tout fait pour la perdre" répliqua une autre... Pour comprendre ce qui s'est réellement passé il faut revenir à l'année 2008 quand le DGA Mounir Klibi a remplacé le PDG Chahir Zlaoui dans un contexte presque similaire. L'enfant de la boite promu PDG était le parfait candidat pour diriger la gestion de la banque, seulement un dossier délicat pouvait nuire à cette satisfaction unanime: Le dossier du litige de l'actionnaire principal Abdelmajid Bouden.
Qui est Abdelmajid Bouden? C'est un avocat, mais aussi l'ancien président du conseil d'administration de la BFT. En 1987, pour une poignée de millions de Dinars, il rachète une bonne partie des actions de la BFT à travers une opération, nous dit-on douteuse, et le litige naquit. Arab Business Investment Consortium (ABCI) est le nom de l'entreprise de Bouden qui a lancé les poursuites judiciaires depuis 1987 contre l'état tunisien, la BFT mais aussi la maison mère, la STB... Les années passent et les procès sont quelquefois perdus mais aussi gagnés. Le dernier en date, c'est Bouden qui l'a gagné au tribunal Suisse, le Centre International de Règlement des Différends Relatifs aux Investissements (Cirdi), une structure de la banque mondiale chargée de régler les conflits des Etats avec les investisseurs étrangers, condamnant ainsi la BFT à la somme de plus de 3 MDT, seulement Bouden n'est pas content et relance une procédure pour réclamer 900 MDT... Avec un capital de 5 MDT et une expertise estimée à 45 MDT, aujourd'hui les 230 employés de la BFT sont fatigués mais restent sur le qui vive surtout après avoir vécu les dégradations de leurs conditions de travail mais aussi après avoir été transféré à maintes reprise de siège en siège social. Ils en ont marre. Ils avaient attendu, trop attendu la reprise, trop parlé de ce repreneur qui a foutu le camp...Aujourd'hui, la révolution exalte les passions et le courage reprend du terrain, ils se seraient auto-inoculés du virus de la "dégagite", ils ont viré leur propre patron, mais resteront certainement inquiets pour leur avenir. La BFT fait donc sa révolution, à sa manière, la grève a été déclarée ouverte à partir d'aujourd'hui, demain, ce sera une nouvelle administration qui dirigera.

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